Eric-Emmanuel Schmitt

Eric-Emmanuel Schmitt

Félix et la source invisible

Livre 06'33"

Philippe Chauveau :

Voilà une nouvelle histoire que vous nous proposez Eric-Emmanuel Schmitt, nous allons faire connaissance avec le jeune Félix. Félix est plutôt bien dans ses baskets, il vit à Belleville, sa maman Fatou tient un bar qui s'appelle « Au boulot ». C'est original !

Eric-Emmanuel Schmitt :

C'est pratique surtout, parce que quand les clients sont dans son café et que leur femme ou leur patron les appelle en disant « Où es-tu ? » ils répondent « au boulot » !

Philippe Chauveau :

Tout est simple ! Fatou est une femme solaire mais un jour il y a quand même un imbroglio financier et immobilier et Fatou va perdre sa joie de vivre. Le jeune Félix va être un peu démuni face à cette mère qu'il a toujours vue heureuse. D'où vient cette histoire, d'où viennent ces personnages ? Qui sont Fatou et Félix ?

Eric-Emmanuel Schmitt :

Fatou et Félix sont et un fils et sa mère qui s'aiment passionnément, presque de façon fusionnelle, jusqu'à ce que la fusion ne soit plus possible puisque Fatou déprime.

Philippe Chauveau :

Elle a volontairement élevé son fils toute seule, c'était son choix.

Eric-Emmanuel Schmitt :

C'était un choix, elle l'a fait avec le Saint-Esprit et Félix est très content d'avoir été fait avec le Saint-Esprit parce qu'il pense qu'il est tous les hommes pour sa mère, il est non seulement son fils mais il est son compagnon, son frère, son ami et puis peut-être même son père et c'est ça aussi qu'il va apprendre au long de l'histoire, il va prendre sa place d'enfant. Il va apprendre à ne pas être tous les hommes pour sa mère. Je me suis inspiré très simplement du rapport que j'avais avec ma mère qui était ce rapport d'amour profond, sans nuage et en même temps, même si j'ai connu cet amour profond, il faut apprendre la réalité, comme Félix.

Philippe Chauveau :

Rappelons que ce titre prend place dans le cycle de l'Invisible dans lequel on trouvait notamment « Oscar et la dame rose » ou « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran », quelle est la démarche de ce cycle ?

Eric-Emmanuel Schmitt :

Le cycle de l'Invisible c'est un cycle de récits totalement indépendants les uns des autres mais chacun propose un voyage dans une spiritualité.

Philippe Chauveau :

Sans dévoiler l'intrigue de ce nouveau titre, votre histoire nous emmène à Paris, dans ce café de Belleville, et aussi en Afrique. La force de ce livre est de parler de la famille, la vraie famille, et puis celle que l'on se construit parce que Fatou s'est construit une famille avec tous les clients du café qui sont hauts en couleurs. C'est aussi un livre qui nous raconte les racines, pourquoi il est important de savoir d'où l'on vient pour être soi-même.

Eric-Emmanuel Schmitt :

Oui, on ne peut pas oublier ni la langue ni la mentalité qu'on avait lorsqu'on a nommé pour la première fois les choses. Quand on nomme le soleil, le lait, le beurre, c'est dans un contexte. Le regard qu'on a sur la vie ou sur la mort c'est toujours dans un contexte. Ce qu'il s'est passé pour Fatou, cette héroïne qui tout d'un coup sombre dans une dépression, c'est qu'elle s'est coupée totalement de ses racines. On comprendra plus tard dans le livre qu'il y a eu quelque chose de terrible, de traumatisant qui l'a fait fuir et qui lui a fait croire qu'elle pouvait se reconstruire dans l'oubli du passé.

Philippe Chauveau :

Elle a toujours voulu donner l'image d'une femme forte que rien ne peut atteindre.

Eric-Emmanuel Schmitt :

Exactement, mais quand on oublie le passé il vous rattrape, le passé ne se laisse pas oublier.

Philippe Chauveau :

Si je dis que vous êtes un conteur, le terme vous convient-il ?

Eric-Emmanuel Schmitt :

Il m'enchante ! C'est ce que j'espère être. Je suis un conteur, j'aime raconter des histoires, je ne dis pas « il était une fois » mais presque.

Philippe Chauveau :

Le petit Félix vous ressemble-t-il beaucoup ? Vous nous avez parlé de la fusion qu'il y avait entre vous et votre maman, y-a-t-il d'autres points communs ?

Eric-Emmanuel Schmitt :

Oui, un peu liés, la difficulté du rapport au père, par exemple. J'ai peur que Sigmund Freud ait vu clair lorsqu'il nous parle d'Œdipe ! Et puis ce qu'on a en commun Félix et moi, c'est ce refus de baisser les bras. Si ça ne va pas, que fait-on pour que ça aille mieux ? Cette espèce d'optimisme chevillée à l'âme qui est le mélange de l'intelligence et du courage. Felix ne voit pas l'intérêt de se désespérer, tant qu'il peut agir il agira, et je suis comme ça aussi. Il y a bien sûr un moment où il faut que je lâche si ce n'est pas possible mais je le lâcherai au dernier moment.

Philippe Chauveau :

Personnellement, ce qui m'a beaucoup séduit dans votre ouvrage, ce sont les thématiques que nous avons évoquées : les racines, la famille, la sienne et celle que l'on se créer. Il y a aussi beaucoup d'humour dans votre écriture et beaucoup de poésie. Il m'a semblé également que vous aviez envie de rendre hommage à la Femme à travers Fatou. Ces femmes qui se battent, ces femmes qui ont peut-être besoin d'être deux fois plus courageuses et deux fois plus fortes que les hommes.

Eric-Emmanuel Schmitt :

Oui, il y a beaucoup de femmes dans mes livres. Souvent les lectrices me disent « il n'y a jamais eu de femme idiote dans vos livres » et cela me paraît évident. Et de femmes qui ne soient pas fortes, je crois que je n'en ai pas écrit. Ce sont les hommes qui trébuchent dans mes livres, peut-être parce que je suis un homme et donc je vois les choses à travers mes propres défaites mais oui, Fatou est totalement solaire, c'est une source de vie, c'est peut -être pour ça que j'aime avoir des personnages féminins.

Philippe Chauveau :

Fatou, voilà une femme que l'on aimerait avoir pour amie et sans doute des Fatou, y en a-t-il tout autour de nous, ces femmes qui nous apportent du soleil mais qui, elles aussi, ont besoin de temps en temps qu'on s'intéresse un peu à elles pour leur donner un peu de sourire. « Felix et la source invisible » c'est votre actualité Eric-Emmanuel Schmitt vous êtes publié chez Albin Michel. Merci beaucoup.

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